Mustang de Deniz Gamze Ergüven, 2015

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Ce vendredi 26 février 2016 se tenait la 41ème cérémonie des Césars au théâtre du Chatelêt à Paris, occasion du sacre du film franco-turque de la jeune réalisatrice Deniz Gamze Ergüven qui signe avec Mustang sa première réalisation. Le film a ainsi raflé plus de quatre sculptures dont celle du meilleur scénario original, et, pour couronner le tout, a été finaliste dans la course à l’oscar du meilleur film étranger où il s’est incliné face au Fils de Saul. A l’occasion de la journée de la femme et de ces deux importantes cérémonies, l’équipe de Carte Diem a décidé de vous en dire plus sur ce film engagé.
Synopsis
Fortement inspiré de l’œuvre de Sofia Coppola Virgin Suicides sortie quelques années auparavant, Mustang nous conte l’histoire de quatre jeunes sœurs orphelines Lale, Sonay, Selma, Eche et Nur toutes âgées entre 11 et 19 ans.  Elevées par leur grand-mère dans un petit village turc à environ mille kilomètres d’Istanbul, leur vie bascule lorsque qu’en rentrant de l’école, elles décident de faire un détour par la mer où elles jouent toutes habillées avec des garçons dans l’eau. En effet, ragots et commérages les précèdent chez elles. Le petit jeu qu’elles ont commis est jugé indécent et est à l’origine d’un scandale aux conséquences démesurées.  En effet, leur oncle, très pointilleux sur les principes patriarcaux décide de reprendre en main l’éducation des cinq jeunes filles et de leur imposer des règles d’un autre temps les privant de tout semblant de liberté. Petit à petit, la maison familiale devient une prison d’où les filles ne peuvent plus sortir, l’école est remplacée par des cours pour apprendre à devenir une épouse modèle et des mariages forcés commencent à se profiler. Les sœurs apprennent ainsi à vivre dans cet univers patriarcal en bravant toutes les limites qui leurs sont imposées à la recherche de la liberté.
Ma critique
Le premier élément qui saute aux yeux des spectateurs de ce bijou cinématographique est  la qualité d’interprétation des jeunes actrices, toujours justes et notamment le jeu de la toute jeune actrice  Güneş Nezihe Şensoy qui incarne le rôle de la benjamine Lale. Sa prestation est effectivement déchirante puisqu’elle réussit le tour de force de transmettre chacune de ses émotions au spectateur, et ce, malgré la barrière de la langue. L’autre point positif du film est la virtuosité avec laquelle la réalisatrice mélange des genres, à première vue, totalement différents. En effet, on retrouve une influence certaine du genre merveilleux. Le film peut souvent s’apparenter à un conte ; à l’image de la première scène du film où les jeunes filles s’amusent toutes habillées dans l’eau rappelant un Eden perdu ou encore, à l’instar des nombreuses références aux contes pour enfant comme la longue chevelure des jeunes filles qui rappelle clairement l’histoire de Raiponce. Cette œuvre cinématographique ne s’arrête cependant pas à ce genre, puisqu’elle est également pleine de réalisme ; dépeignant ainsi l’âcreté de la mentalité patriarcale turque. C’est justement ce mélange des genres merveilleux et réalistes qui permet de ne jamais rendre ce long métrage lourd où pesant pour le spectateur. De même que la réalisatrice laisse une grande part à la suggestion : un seul plan permet parfois de traiter avec une force impressionnante  des sujets parfois très sensibles.
De plus, Mustang fait la part belle à l’humour ; un  humour léger fortement inspiré de la comédie italienne. Le contraste entre les scènes légères et les autres, plus dramatiques, permet donc l’exaltation des sentiments des spectateurs qui prennent ainsi la mesure de la critique faite par la réalisatrice. C’est en effet tout un pan de la société turque qui est ici dénoncé. Dans un contexte où la montée du patriarcat se fait de plus en plus ressentir en Turquie, ce film est un véritable appel pour le développement des droits de la femme dans ces pays où elles ne sont considérés que comme des êtres inférieurs dénués de tout jugement et se devant d’obéir aux règles édictées par les hommes tout-puissants.
Si certains soulignent les défauts inhérents à une première réalisation – comme le personnage de l’oncle trop chargé, l’aspect catalogue du film qui empêche l’identification aux personnages ou encore la voix-off omniprésente, nous vous conseillons néanmoins de voir ce film percutant très controversé pour vous en faire votre propre idée.
Amine El Kadiri

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