L’espoir n’est pas – complètement – mort

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Après leur ouvrage pour le moins démoralisant, l’ingénieur agronome Pablo Servigne et l’éco-conseiller Raphaël Stevens élaborent leur réflexion à propos de la collapsologie. Lumière sur  Une autre fin du monde est possible, ou comment penser l’après effondrement.

Il s’agit tout d’abord d’étudier l’effet de l’effondrement sur la psychologie, et comment celle-ci pourrait nous aider à dépasser le deuil de notre vieux monde industriel. L’effondrement de la civilisation ne marque pas la fin de l’espèce humaine – loin de là – mais plutôt la naissance d’une nouvelle ère. Sans surprise, à l’aube de ce nouveau monde, l’être humain se trouve complètement déboussolé face à la perte de ses repères et d’un futur qui lui semblait assuré. Cependant, il n’est pas de la nature humaine d’abandonner, et ceux qui s’étaient cachés dans leur placard en sortent en toussant et en se promettant de faire le ménage “demain”. L’Homme a les moyens de se relever et de s’adapter – et il le fera. «L’idée selon laquelle les émotions liées à un effondrement puissent se comprendre à travers un processus de deuil représente une vraie libération, peut-on lire dans Une autre fin du monde est possible. Elle fonctionne immédiatement comme un “déclic” qui soulage et permet de se rendre compte : que la palette d’émotions qui nous traversent est naturelle ; que ce processus est long, dynamique et complexe et que ça finit par déboucher sur un horizon plus serein, le fameux “stade de l’acceptation”.» Pour se remettre de cette rupture avec le monde, il va falloir passer à autre chose. Changer de conception du monde. Peut-être faudra-t-il emprunter aux récits de science-fiction par-ci, aux oeuvres d’art par-là, pour recréer un monde post-effondrement joyeux et réjouissant. Un monde débarrassé des effets néfastes du capitalisme et de l’industrialisation. Voilà ce que Pablo Servigne et Raphaël Stevens proposent comme remède au défaitisme.

Pour les auteurs, la nouvelle civilisation née des cendres du monde actuel devra être fondée sur la solidarité et la gratitude. Vision qui peut paraître très naïve. À cela, les collapsologues répondent que ces sentiments sont l’essence de la nature humaine (voir L’entraide, l’autre loi de la jungle, Pablo Servigne, 2017, paru aux éditions Les Liens qui Libèrent). Ils s’appuient aussi sur certaines théories de l’évolution : «L’égoïsme supplante l’altruisme au sein des groupes. Les groupes altruistes supplantent les groupes égoïstes. Tout le reste n’est que commentaire.», disaient les évolutionnistes Edward et David Wilson. Ainsi, l’entraide est non seulement la base de la société humaine, mais même de la nature en général.

Contrairement à ce que pourraient penser les utilitaristes, les collapsologues ne se refusent pas à avoir des enfants. Ils parlent en effet de “l’élan de vie” et sont persuadés de “la capacité des humains […] à s’adapter aux situations, et à inventer une culture qui soutient la vie”. Il ne faut donc surtout pas sombrer dans le désespoir et le pessimisme et être confiant en l’avenir.

À tout cela, certains – moi y compris – rétorquent que si ces auteurs pensent que les puissants de ce monde vont gentiment les laisser inventer une autre fin du monde à leurs goûts, ils se fourrent le doigt dans l’oeil. Nos collapsologues, qui tentent de prendre l’aspect de vaudous à la barbe rose, ne sont rien de plus que de gentils jeunes parents issus de la classe moyenne un peu dépassés par leur propre savoir qui vendent à leurs semblables tout aussi dépassés quelques bouquins bénéficiant du label Imprim’vert.

Selma Mazioud,

Février 2020

Sources: Libération, https://antidotezine.com/tag/climate-change/page/2/ (image)

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